Toulon – 2006

« Le Mur – Art en Action »

La cohérence profonde de l’œuvre récente d’Olga Luna s’affirme dans une mise en rapport subtile des masques et regards, murs et visages. Nous sommes en permanence au « Seuil du vide », (pour reprendre le titre du roman de Kurt Steiner/André Ruellan), dans l’acte de création qui ne peut exister que par la claire conscience du néant. Le projet international d’action artistique en faveur de l’intégration sociale, Le Mur – Art en Action, d’Olga Luna ne s’apparente pas à une simple animation, mais s’énonce pratiquement comme une démarche consubstantielle à l’œuvre. Après Lima (Pérou, 2002), cette création originale a pris la forme d’un projet pédagogique à l’Espace Tisot (La Seyne-sur-Mer) entre février et juin 2005. Les intervenants ? Des enfants des ateliers, des comédiens de la compagnie Attention Fragile (alors en résidence), des animateurs du Service Jeunesse, le personnel du centre, des jeunes en stage d’écriture rap avec le groupe l’Infanterie, des amis fidèles de la structure : Louis, Nazim, Eddy, Leila, Séréna, Gisèle, réunis et motivés par Mireille Odin, directrice du lieu et coordinatrice du projet. Diversité donc, des parcours, des âges, des visages. Ces visages qui doivent être recouverts, sous la férule d’Olga Luna et avec l’aide d’Hichem, Joyce, Stella, Pauline, Sarah, d’un masque de plâtre. Un masque de beauté, de théâtre, funéraire. Un linceul éphémère pour des gisants provisoires. Une expérience plastique, charnelle, suscitant échanges et confidences. Un révélateur. La deuxième étape fera l’objet d’un stage pour enfants et adultes, autour du travail de la terre, toujours sous sa direction, assistée d’Hichem Benamara, et bien-sûr Jessica Bédouet. Les visages d’argile seront réalisés à partir du moule en plâtre, et insérés dans des boîtes comme autant d’alvéoles permettant au mur de prendre forme et sens.

« L’homme est aveugle, sourd, fragile comme un mur qu’habite et que ronge un insecte » (Baudelaire).

« Le visage humain est sûrement à clé comme tout le reste, mais cette clé à jamais se forgeant, se maintient incandescente, plus que tout autre hors de notre portée » (André Breton).

Le mur de visages en terre d’Olga Luna sculpte et tisse au vif cette angoisse et cette quête interminable de vérité. Ici la mesure n’est pas à l’aune du désespoir, elle s’avoue dans l’entrelacs de la passion et du rêve.

Robert Bonaccorsi
juin 2006